Collectif Basse Vallée du Lot Santé-Environnement


30 juillet 2018

l’usage des pesticides continue d’augmenter en France

Pas de surprise : l’usage des pesticides continue d’augmenter en France

Les chiffres 2016-2017 sur l’évolution de la consommation des pesticides de l’agriculture française ont enfin été rendus publics : ils indiquent une augmentation de 12,4% par rapport à 2009. Pour France Nature Environnement, c’est un constat d’échec : les plans Ecophyto successifs lancés depuis 2008, dont l’objectif initial était de réduire de 50% l’usage des pesticides pour 2018, se sont avérés inefficaces. Pour redresser la barre, le Ministre de l’Agriculture a annoncé le plan Ecophyto 2+, la sortie du glyphosate en 3 ans et l’interdiction des néonicotinoïdes. Cela suffira-t-il ?

Constat d’inefficacité des politiques : des millions dépensés et la nature ne s’est jamais aussi mal portée

L’urgence est là. Les conséquences d’une utilisation massive des pesticides sont bel et bien identifiées, les indicateurs sont tous au rouge : impact de plus en plus avéré sur la santé des consommateurs et des agriculteurs, déclin de la biodiversité[1], dégradation des écosystèmes, pollution de l’eau[2] et de l’air, etc. Pourtant, l’utilisation de pesticides continue d’augmenter.

Pour Claudine Joly, en charge des questions pesticides à France Nature Environnement : « malgré les dizaines de millions d’euros d’argent public dépensés dans le cadre d’Ecophyto tous les ans, l’agriculture française n’arrive pas à se libérer de son usage excessif de pesticides. Le constat est sans appel, les objectifs, déjà repoussés, de réduction des pesticides de 50% en 2025 s’éloignent un peu plus. L’outil Ecophyto est intéressant mais la sortie des pesticides ne se fera pas sans l’activation d’autres leviers économiques et règlementaires nécessaires pour obtenir une mobilisation de l’ensemble de la profession ».

Sur ces 10 dernières années, les structures censées accompagner les agriculteurs vers la sortie des pesticides n’ont même pas réussi à stabiliser leur utilisation… et ce malgré le demi-milliard mobilisé. Elles n’ont même jamais eu de compte à rendre sur l’usage des financements reçus dans le cadre du plan. Il est temps qu’elles se remettent en cause et se transforment, pour véritablement accompagner les agriculteurs vers la sortie des pesticides.

Les annonces ne suffiront pas à enclencher la transition agroécologique

Les contrats de solution présentés par la FNSEA sont les bienvenus, mais ils arrivent avec 10 ans de retard… et il faudra plus que des bonnes intentions pour aller vers la sortie des pesticides. Ce matin, les Ministres ont également annoncé des mesures pour sortir du glyphosate et des néonicotinoïdes, et trois interprofessions sont venues présenter leur stratégie et leurs engagements. Ce sont des signaux encourageants. Le reste de la profession doit s’engager pour amplifier rapidement le mouvement.     

Pour Cécile Claveirole, responsable des questions agricoles à France Nature Environnement : « certes le gouvernement a annoncé des mesures, mais il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. Au-delà de l’interdiction des molécules les plus préoccupantes, l’objectif est la réduction globale et drastique de l’usage des pesticides en France. Le temps n’est plus aux bonnes intentions et autres démarches volontaires. Il faut un soutien ferme et sans concession du gouvernement pour la transition agroécologique. Il ne peut plus ignorer la volonté des citoyens : l’agriculture doit assurer une alimentation saine et de qualité pour tous, tout en préservant l’environnement et la biodiversité ».

 
[1] Près de 80% des insectes ailés ont disparu en Europe en 30 ans, les oiseaux des milieux agricoles ont diminué de 33% entre 1989 et 2017 et des études récentes ont notamment insisté sur le rôle des pesticides dans le déclin dramatique du nombre d’oiseaux
[2] 92% des cours d’eau surveillés sont pollués - « Les pesticides dans les cours d’eau français en 2013 » • Commissariat général au développement durable • Chiffres & statistiques • Numéro 697 • Novembre 2015

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09 mai 2018

Riverains exposés aux pesticides : il est temps d'agir ! - Générations Futures

 

Riverains exposés aux pesticides : il est temps d'agir ! - Générations Futures

Une délégation d'ONG, à laquelle a pris part le relais local bordelais de Générations Futures, Cyril Giraud, a été reçue[1] hier soir à la préfecture de Bordeaux par un représentant du préfet et un conseiller technique sur la question de l'utilisation des pesticides à proximité des lieux accueillant des publics vulnérables.

https://www.generations-futures.fr

 

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Perturbateurs endocriniens : nous sommes cernés ! par Dr Jean-Pierre Willem

Perturbateurs endocriniens : nous sommes cernés !



Avez-vous aussi l’impression que ces derniers temps, on parle de plus en plus des « perturbateurs endocriniens » ?

Et pourtant… rien ne semble changer.

Dernier exemple en date, le 4 octobre 2017, le Parlement européen a rejeté la définition de la commission européenne des « perturbateurs endocriniens ».

Pour mémoire, plusieurs ONG et États de l’Union Européenne (dont la France) jugeaient cette définition trop rigide. Selon eux, les preuves à fournir pour classer un produit comme perturbateur endocrinien sont beaucoup trop importantes. De plus cette définition ne s’applique qu’aux pesticides et pas aux autres produits de consommation tels que les textiles, les cosmétiques, les parfums, etc…

C’est pourquoi j’ai tenu à faire le point sur cette question, qui nous concerne TOUS.

C’est quoi au juste ?

D’après la définition de l'OMS, « les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d'origine naturelle ou artificielle étrangères à l'organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement des systèmes endocriniens et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants ».

Les perturbateurs endocriniens sont donc des substances toxiques en particulier pour les jeunes, les couples en âge de procréer et les seniors.

Ces substances sont partout

Une récente étude menée par « 60 millions de consommateurs » a montré que « les cheveux de 43 filles et garçons âgés de 10 à 15 ans testés contiennent tous des traces de 119 substances nocives sur 254 recherchées par le laboratoire »[1]. En moyenne, il faut noter que l’organisme des adolescents contient 34 contaminants parmi lesquels des plastifiants, des pesticides et des métaux lourds.

Bernard Jégou le directeur de l’INSERM insiste sur le fait que la dangerosité des perturbateurs endocriniens n’est plus à prouver. Parmi les effets sur la santé nous pouvons noter une perte des points de QI, des troubles de la concentration, de l’infertilité, l’apparition de maladies métaboliques comme le diabète ou des cancers.

De plus, les perturbateurs endocriniens peuvent être nocifs in utero c’est-à-dire quand l’enfant à naître est encore dans le ventre de la mère.

Pire encore, les pathologies développées suite au contact avec les perturbateurs peuvent se transmettre sur plusieurs générations !

Quels sont les perturbateurs endocriniens ?

Concrètement, nous n’avons pas encore identifié tous les perturbateurs car, pour être reconnu en tant que tel, un produit doit subir de nombreux tests.

Cependant nous distinguons aujourd’hui deux grandes catégories :

  • Les molécules d’origine naturelle que l’on trouve par exemple dans le soja (isoflavones) ou dans la bière (isodavonoïdes du houblon) ;

  • Les molécules de synthèses qui sont nombreuses.

Nous pouvons classer ces dernières en 6 familles principales : les bisphénols, les phtalates, les pesticides, les PCB, les HAP, les métaux lourds et des retardateurs de flamme bromés (PBDE).

Dans les faits, les hormones « naturelles » présentent moins de risque que les hormones de synthèse, car leur « puissance » oestrogénique est 10 000 fois plus faible que celle des œstrogènes produits par les ovaires.

Mais les hormones naturelles peuvent engendrer diverses pathologies comme la gynécomastie qui est un surdéveloppement des glandes mammaires chez les hommes notamment chez les grands consommateurs de bière.

1ère famille : les bisphénols

Le plus connu est le bisphénol A aussi appelé BPA. Cette substance est utilisée depuis plus de 50 ans dans plus de 60 secteurs d’activité et plus particulièrement dans la fabrication du plastique polycarbonate. De ce fait, le BPA est très présent dans notre vie quotidienne à travers les boîtes de conserve en plastique, les bouteilles et même les tickets de caisse. Malheureusement, le BPA peut migrer de l’emballage aux aliments et ce phénomène est amplifié pour les produits chauffés avec leurs emballages.

Les Bisphénols : des effets néfastes, même à petites doses

Le BPA modifie l’action des œstrogènes qui sont des hormones indispensables au développement sexuel et surtout à la reproduction.

Ses effets sont les suivants :

  • Chez l’animal : on note des troubles de la reproduction (puberté précoce, baisse du nombre de spermatozoïdes, etc…) mais aussi des problèmes de développement du cerveau et des modifications des seins prédisposant au cancer;

  • Chez l’homme: il y a des corrélations entre le BPA et le diabète, les maladies cardiovasculaires ou encore l’obésité.

Le plus inquiétant est que les bisphénols peuvent se transmettre et être néfastes sur plusieurs générations. Par exemple, L’INSERM (Institut Nationale de la Santé Et de la Recherche Médicale) a montré une baisse de la production des testostérones par des testicules humains exposés à du BPA. De même, 23% des femmes exposées au BPA présentent un risque pour la glande mammaire des enfants à naître. Autrement dit, ces enfants pourraient avoir un risque accru de développer un cancer du sein au cours de leurs vies.

En France le BPA est interdit dans les biberons et contenants alimentaires, mais sont remplacés par ses cousins les bisphénols S et F (BPS et BPF). Or, L’INSERM a montré que le BPS et le BPF avaient les mêmes résultats que le BPA sur la production de testostérones.

2ème famille : les phtalates

Les phtalates sont des substances chimiques rajoutées au polychlorure de vinyle (PVC) lors de la fabrication d'objets en plastique pour les rendre plus souples et faciliter ainsi leur mise en forme. On les retrouve donc dans beaucoup de produits tels que les ballons, les nappes, les rideaux de douche, les emballages, les cosmétiques, les jouets ou encore le matériel médical de perfusion.

De plus, à l’image des Bisphénols, les phtalates peuvent migrer des emballages aux aliments.

Des études ont été menées afin d’étudier les effets sur les testicules suite à des expositions in vitro aux phtalates. Les résultats indiquent que la production de testostérone est réduite de 30% chez les individus ayant été fréquemment exposé au phtalates de type DEHP (les plus utilisés), DBP, BBP, DINP, DNOP et DIBP.

Les sols, les milieux aquatiques et les consommateurs peuvent également être contaminés par les phtalates. Par exemple, en juillet 2013, le Commissariat Général au Développement Durable [2] a révélé que 93 % des cours d’eau français sont contaminés par les pesticides ! De plus, plusieurs enquêtes récentes ont montré que la grande majorité des produits à base de blé (pain, biscuits, pâtes...), les fruits et les vins contiennent des phtalates.

3ème famille : les pesticides

Les pesticides, aussi appelés « produits phytosanitaires », sont des produits chimiques utilisés en agriculture pour lutter contre des organismes qui peuvent être nuisibles aux cultures.

Les pesticides sont classés selon la nature des cibles sur lesquelles ils agissent : les herbicides neutralisent les mauvaises herbes, les fongicides détruisent les champignons, les insecticides tuent les insectes, etc…

Les agriculteurs sont les premiers exposés aux pesticides et beaucoup accusent ces substances de diminuer leurs capacités cognitives. De plus, il semble exister des liens entre les pesticides et le développement de certains cancers comme ceux de la prostate, du système lymphatique, du sang et du cerveau. Certains suspectent même les pesticides de jouer un rôle dans l'apparition de la maladie de Parkinson ou de la maladie d'Alzheimer.

Enfin, il faut savoir que la France est le premier utilisateur de pesticides en Europe et le troisième dans le monde.

Le cas du Chlordécone

Le chlordécone fut longtemps utilisé en Martinique et en Guadeloupe pour lutter contre le charançon du bananier. Ce pesticide a pollué les sols et les eaux mais aussi les légumes, les plantes et les poissons.

Le chlordécone est interdit aux États-Unis depuis 1976, mais n'a été banni en France qu'en 1990... avec une dérogation pour les Antilles où il a été autorisé jusqu'en 1993 principalement pour des intérêts économiques…Or, le chlordécone est très stable dans l'environnement ce qui fait que, malgré son interdiction, beaucoup d’habitants des Antilles Françaises y sont donc toujours exposés.

Depuis 1979, le chlordécone est classé 2B, c’est-à-dire cancérigène possible chez l'homme par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). Depuis son interdiction, les producteurs de bananes l’ont remplacé par du glyphosate…

Le cas du Glyphosate

Le glyphosate est le principe actif du Roundup, l’herbicide le plus utilisé dans le monde.

Le glyphosate est classé comme « toxique pour les organismes aquatiques entraînant des effets néfastes à long terme ». De nombreuses études américaines ont montré un lien entre le glyphosate et le lymphome non hodgkinien, le myélome multiple ou encore les avortements spontanés tardifs.

En France, c’est le professeur Gilles-Éric Séralini, chercheur à l'Institut de biologie fondamentale et appliquée (IBN) de l'université de Caen, qui a été le premier à étudier le danger du glyphosate.

En 2005, sa première étude sur le sujet avait montré « un effet toxique sur des cellules du placenta humain à des concentrations de Roundup jusqu'à dix fois inférieures à celles utilisées en agriculture ». Une autre étude de 2009 a montré que la toxicité du glyphosate était démultipliée dans le Roundup, en raison de l'adjuvant utilisé. Les résultats indiquent que des rats nourris avec du maïs OGM et du Roundup développaient des pathologies lourdes : anomalies sévères, tumeurs mammaires, mais aussi de morts prématurées.

4ème famille : le PCB

Les pyralènes ou PCB sont des substances obtenues industriellement et qui n’existent donc pas à l’état naturel.

Les PCB sont présents dans les produits d’origines animales tels que les poissons, la viande, les œufs et les produits laitiers.

Or ces substances sont cancérigènes car elles provoquent des retards du développement cérébral, et sont mis en cause dans des retards de grossesse ou des malformations. Les PCB perturbent également la thyroïde, favorisent l'hyperinsulinisme (précurseur de diabète) et diminuent l’immunité.

Même si les PCB sont aujourd’hui interdits on retrouve de nombreuses traces de ces derniers car ils ont longtemps été utilisés comme isolant, lubrifiants et pour leur ininflammabilité dans des équipements électriques, dans des adhésifs, etc.

5ème famille : les métaux lourds

Le nickel

Le nickel est très présent dans l’industrie, dans les bijoux, dans les portables mais aussi dans des aliments comme le soja, les céréales et le cacao. Le nickel peut être un allergène pour la peau et est cancérigène pour les poumons et la cavité nasale.

Le cadmium

Le cadmium est émis par les volcans et les activités industrielles. Ce métal peut être présent dans l’eau et des aliments comme le riz et les végétaux à feuillage vert. Il est très présent dans la céramique, l’émail, les panneaux photovoltaïques, les piles, les pigments et la fumée de tabac. Le cadmium est cancérigène pour la prostate, les poumons et les reins.

L'arsenic

L’arsenic est un élément naturel qui se comporte comme un métal. Cette substance est présente dans l'eau, les sols ou l'air. Il peut provenir des volcans ou d'activités humaines (certains pesticides, exploitation minière, etc.) et de la fumée du tabac. L’arsenic est cancérigène pour les poumons, la peau, la vessie ou les reins. Si vous voulez plus d’informations à ce sujet, je vous conseille de lire mon livre Les dégâts des métaux lourds aux Editions Tredaniel.

6ème famille : les retardateurs de flamme

Les retardateurs de flamme sont les molécules qui ont pour but de diminuer le risque d’incendie en améliorant la résistance au feu d’objet du quotidien.

Ces molécules ne sont pas biodégradables et sont très présentes dans les objets domestiques tels que les vêtements, les peluches, les meubles, les matelas et les objets électroniques (téléviseurs, ordinateurs).

Elles sont aussi présentes dans des lieux qui accueillent du public tels que les théâtres ou les cinémas.

Les polybromodiphényléthers (PBDE) sont les molécules les plus utilisées comme retardateurs de flamme. Or ces substances peuvent migrer dans l’air et même être inhalées ou ingérées.

Elles sont soupçonnées d’être à l’origine de troubles du développement du système nerveux : hyperactivité, déficit d’attention, trouble du comportement… Les recherches indiquent même qu’une exposition in utero du fœtus peut entraîner des problèmes de neuro-développement des enfants à naître. 

Vous voyez que nous sommes cernés. Il n’est pas question pour autant d’arrêter de vivre ou de partir vivre dans une grotte !

Mais une personne informée en vaut deux : et en sachant tout cela, on peut aussi prendre de meilleures décisions au quotidien, en essayant de réduire autant que possible notre exposition, celle de nos proches, de nos enfants… et en même temps, arrêter de larguer dans la nature des bombes chimiques qui ravageront la santé des générations à venir.



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On a 20 ans pour changer le monde, au coeur de nos campagnes par Anne-Sophie Novel

On a 20 ans pour changer le monde, au coeur de nos campagnes

Image extraite du film "On a 20 ans pour changer le monde", d'Hélène Médigue

Image extraite du film « On a 20 ans pour changer le monde », d’Hélène Médigue

Réalisé par Hélène Médigue, le film qui sort en salle ce mercredi 11 avril est une fenêtre sur un monde que certain.e.s veulent changer par la voie des champs. Ses protagonistes font preuve d’une énergie communicative rare qui bouscule les habitudes pour convaincre et embarquer avec eux le plus grand nombre d’acteurs possible.

 

Mise à nue

Le premier plan s’ouvre sur une vaste plaine. Une terre mise à nue : peu de haies, peu de vie. Ici, la terre est comme de la pierre – dure, quasi-minérale et presque inerte. C’est un « huitième continent qui se dessine sous nos pieds« , comme l’explique peu de temps après le paysan-permaculteur, auteur et formateur Xavier Mathias. A voir le couple Lydia et Claude Bourguignon (du laboratoire d’analyse microbiologique des sols) creuser difficilement dedans pour en analyser la teneur, on prend déjà la mesure du temps : « Les sols sont fertilisés mais ils ne sont plus fertiles, la profession agricole a décapitalisé » souligne l’expert en qualité des sols, qui avec sa femme, depuis des années, sensibilise au besoin de garder les terres en vie.

Parce qu’elles seraient mortes ? Avec le temps oui. Le temps passé à les saturer de produits chimiques et à les labourer à la force du tracteur les a épuisées. Pire, « c’est une campagne déshumanisée », déplore Xavier Mathias, bien conscient du chantier nécessaire pour inverser la vapeur. A ses côtés, Maxime de Rostolan, fondateur de l’association Fermes d’Avenir (dont je vous parlais déjà ici en octobre 2016) confie LE chiffre clef qui lui a fait quitter la vie urbaine pour se lancer à corps (et à coeur) dévolus dans la vie paysanne : « on a divisé par 25 notre efficacité énergétique pour faire de l’agriculture, comment est-ce possible !? » interroge-t-il face caméra, de cet air candide qui partout l’accompagne, du haut de sa carrure, pour questionner et convaincre les grands de ce monde de mettre fin à « cet état de faillite programmée ».

L’ancien ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, le militant puis ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, le candidat Emmanuel Macron (alors « en mâche » pendant sa campagne, comme plaisantent les membres de Ferme d’Avenir) font partie des personnalités que l’équipe va rencontrer, tour à tour, pour tenter de convaincre de la nécessité de faire évoluer les pratiques agricoles, d’innover en mettant en place d’autres systèmes de production, d’autres modèles économiques. Des rencontres qui donnent aussi le « la » du temps très vite : « le temps long n’est pas intégrable dans le débat politique aujourd’hui, l’immédiat nous plombe au quotidien, l’actualité et les contraintes nous rattrapent« , avoue tout de go Stéphane Le Foll, au début du film…

Image extraite du film "On a 20 ans pour changer le monde", d'Hélène Médigue

A l’assaut des pouvoir publics – Image extraite du film « On a 20 ans pour changer le monde », d’Hélène Médigue

Histoire d’une désynchronisation

Alors que le film distille habillement des chiffres symboliques (on apprend notamment que la production nationale a chuté en volume et en 15 ans, de 12 % pour les légumes et 26 % pour les fruits; ou que le suicide est la troisième cause de décès chez les agriculteurs exploitants, un suicide tous les 2 jours – soit 20 % supérieur à la moyenne nationale), des séquences aussi drôles que poétiques le parcourent également, tel cet échange avec le célèbre botaniste Françis Hallé, qui émet de « doutes sérieux sur l’être humain en tant qu’espèce zoologique » et déplore que nous ne fassions « que des conneries« , avant de se faire hisser en haut d’un arbre, seul lieu où il se sente véritablement apaisé dans ce monde…

Au fur et à mesure, ces paysans s’apparentent à des abeilles ouvrières qui ne cessent de s’activer pour le gagner, ce fichu temps. « Je suis habitée par cette idée que notre conscience est à la traîne de la science« , confie la réalisatrice Hélène Médigue. Concernée par ces problématiques depuis longtemps, elle inscrit ce film dans la lignée de ces précédents films (sur l’autisme et la médecine générale notamment), dans une quête de sens pour relier deux visions, deux mondes agricoles qui bien souvent ont du mal à communiquer ensemble… « Je me suis concentrée sur l’exemple de Fermes d’Avenir, mais il y a d’autres acteurs qui agissent dans le secteur bien sûr ! En leur compagnie pendant un an avec une caméra au plus près des personnages, j’ai surtout eu affaire à des urbains qui sortent de grandes écoles, des jeunes de 20 à 40 ans qui s’emparent de ces sujets et s’attaquent à la transition sur tous les front – l’information, l’influence, la production, le financement… » explique la réalisatrice, désireuse de relier plus que de dénoncer. « J’ai organisé des rencontres spécifiquement pour le film« , note-t-elle encore, heureuse d’avoir convaincu un agriculteur conventionnel (Vincent Louault) de se lancer dans le défi progressif d’une culture plus biologique… « mais quand il faut changer, il faut aussi que l’état les aide ! » relève Hélène Médigue.

Fermes d'Avenir convainc un agriculteur conventionnel de suivre progressivement leur exemple (image extraite du film)

Fermes d’Avenir convainc un agriculteur conventionnel, Vincent Louault (à gauche) de suivre progressivement leur exemple – Image extraite du film

Si le film a bénéficié de la confiance absolue et l’investissement du producteur, François Charlent, il bénéficie aussi d’une musique sur mesure composée par Christian Olivier, « grand musicien, arrangeur, auteur à texte, interprète et surtout poète ! » s’enthousiasme la réalisatrice, qui s’est tenue à ses côtés image par image afin de ficeler cela au mieux : « J’ai un atelier de création et c’est dans cet endroit un peu hors du temps qu’on se retrouvait pour visionner image après image, on travaillait les sons, Hélène me soufflait des pistes et je sculptais au fur et à mesure les compositions. Ce qui m’inspire ce sont les choses qui se croisent, se bousculent, partent dans tous les sens mais toujours gardent un élément en commun, cette espèce de l qui maintient la spécificité de chaque son, thème, voix et qui les fait vivre ensemble » indique pour sa part le compositeur (cf. la bande annonce ci-dessous)

Vingt ans ?

De fait, une question intrigue avec le choix du titre et cette affirmation qu’il fait sienne, « 20 ans pour changer le monde ». Pas moins ? Pas plus ? « Le climatologue Jean Jouzel dit trois ans, ce qui est un peu flippant. L’écologiste Yves Cochet dit que l’effondrement est inévitable d’ici 2030, et le GIEC nous donnes un horizon de à 2100. Alors je fais comme Obélix, je tranche, et me dis que ce sera plus probablement en vingt ans ! Quand on voit les progrès faits ces dernières vingt années en plus… », relève Maxime de Rostolan quand on l’interroge à ce sujet.

Signe positif, d’après lui : le fait qu’il y ait de moins en moins de débat sur le constat (des menaces climatiques et environnementales), et que les échanges auxquels il prend part se focalisent surtout sur les solutions. « Le débat technico-politico-économique doit toujours être remis en cause, et notre approche a pour ambition d’impliquer institutionnels comme financeurs, paysans comme citoyens, associations comme syndicats » relève encore le fondateur de Fermes d’Avenir, qui pour la sortie du film publie également un livre éponyme dans lequel il s’adresse à une vingtaine de personnalités, du maire de son village à l’humoriste Guillaume Meurice.

In fine, les plus convaincus n’apprendront rien sur le propos de fond du film, les puristes regretteront que seul l’exemple de Fermes d’Avenir soit mis en avant, mais l’énergie déployée par l’ensemble des protagonistes mis en images et en musique dans ce film a de quoi convaincre et faire découvrir un monde bien ancré dans la terre – et ce malgré les cernes, les cheveux en bataille et les vieux t-shirts de ces acteurs de terrain ! Hélène Médigue, pour sa part, envisage de créer maintenant des fermes thérapeutiques adaptées pour l’accueil d’adultes autistes : « ce film a été la confirmation de l’énergie que je veux mettre dans le développement de ces lieux ». Une histoire à suivre, donc, ou comment allier encore plus dimensions écologiques et sociales et oeuvrer pour la beauté du monde…

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

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08 mai 2018

Compte-rendu Le Goût des pesticides dans le vin (par Geneviève Houdent)

Compte-rendu

Le Goût des pesticides dans le vin

Jérôme Douzelet et Gilles-Eric Séralini



Ed. Actes sud, 2018



 

Tous les amateurs de vin qui se disent connaisseurs devraient lire ce petit livre co-écrit par un artisan cuisinier, Jerôme Douzelet, et un professeur et chercheur à l’université de Caen, Gilles-Eric Séralini1.

Le but de la démonstration, menée de la manière la plus rigoureusement scientifique en faisant goûter à l’aveugle à des cuisiniers et des vignerons des vins conventionnels, des vins bios et des verres d’eau, les uns avec eau minérale, les autres avec eau mêlée de pesticides aux dosages semblables à ceux repérés dans le vin conventionnel : expliquer comment on peut apprendre à reconnaître le goût des pesticides, et comment fonctionne le processus d’altération du vrai goût naturel du vin par les pesticides. Pour la rigueur de l’enquête sont comparés des vins conventionnels et des vins bio qui appartiennent au même terroir, au même cépage et de la même année.

La vigne étant l’un des plus gros consommateurs de pesticides au monde, et la France détenant le score de 3ème utilisateur au monde malgré sa petite surface, après les Etats-Unis et l’Inde, le vin qui résulte de ces traitements (de la culture à la fermentation et l’élevage - certains traitent les tonneaux avec des fongicides-) est un produit qui suscite non seulement des toxicités avérées, mais aussi une déformation des arômes, et c’est cela que les testeurs vont observer.

Rappel : « les pesticides sont des mélanges liquides ou en poudre qui contiennent beaucoup de diluants aux propriétés détergentes, appelés « formulants », le plus souvent à base de pétrole, en plus des molécules déclarées actives par les industriels. La fabrication des vins conventionnels autorise aussi des engrais de chimie de synthèse. Tous ces produits se retrouvent dans la terre, les eaux de rivière et bien sûr dans les vins comme les métaux lourds retrouvés dans nos analyses de vins et dans les pesticides…  Un grand nombre de facteurs ont une influence sur le goût final du vin. La plupart ont un impact important dans la composition intrinsèque du raisin lors de sa formation (terroir, climat), et d’autres viennent transformer les composés qu’il contient (levures lors de la fermentation, bactéries…) et d’autres encore en ajouter (pesticides), voire en enlever (fongicides empêchant les arômes de se former dans le raisin en tuant levures et champignons…) » . Les pesticides entrent dans la composition du vin presque systématiquement quand le vigneron a traité ses vignes. Et la complexité des réactions chimiques aggrave les choses : « les métabolites, (les produits de la transformation des pesticides) sont souvent plus cancérogènes que les composés initiaux car ils sont plus solubilisés par le métabolisme et pénètrent ainsi plus facilement dans nos cellules. Les formulations des pesticides sont des centaines ou des milliers de fois plus toxiques, selon les cas, que leurs principes actifs déclarés, y compris pour les néonicotinoïdes. L’amalgame entre glyphosate et Roundup est une des confusions les plus communes. Elle profite lourdement à l’industrie.

Les pesticides les plus contaminants sur les vignes en culture conventionnelle sont les herbicides de type Roundup et le Folpan qui contient le folpet. C’est une information lourde de conséquences : les effets herbicides des formulants sont bien plus importants que ceux du glyphosate. .. Tous les facteurs dissimulés dans les produits, à côté des principes actifs déclarés, participent forcément à l’épidémie des maladies chroniques et de malformations liées aux pesticides puisqu’ils sont toujours présents dans les bouteilles de pesticides, pour les solubiliser, et beaucoup plus toxiques qu’eux. »

L’équipe a tenté une première esquisse de caractérisation de l’odeur et du goût de ces produits chimiques. « Les pesticides miment les arômes. Issus des hydrocarbures polycycliques aromatiques du pétrole, comme les plastifiants, ces produits sont très souvent moins odorants que les vrais arômes mais ils vont gêner la formation de ceux-ci et leur détection en leurrant les enzymes et les récepteurs où ils se coincent. »

Le test face aux goûteurs professionnels s’est déroulé en 3 étapes : dégustation de couples de vins à l’aveugle (sur 119 tests, 91 préférences vont au bio : les idées reçues méprisant le bio sont à jeter aux orties), et 11 pesticides ont été détectés, en tête : le folpet. Ensuite primodétection des pesticides dans l’eau, le folpet produit des sensations d’assèchement et d’amertume, son odeur d’alcool volatil et médicamenteuse. Le Roundup fut reconnu (10/14) : brûlant, picotant, pinçant, amer, lourd, et selon les spécialistes «  avec un nez de bois putréfié, voire d’essence », « le fenhexamide, star des vignobles français, a des propriétés gustatives marquées et sans doute les plus troublantes : il exprime un goût de bonbon chimique, doucereux, évoquant la fraise Tagada, voire le bonbon anglais. Cette deuxième étape servira de référentiel pour la troisième. Etape 3 : le nez et la bouche des pesticides dans les vins. 57% des testeurs font le juste et difficile rapprochement entre le goût des pesticides et celui du vin non bio. Ils décèlent des pesticides sans pouvoir les distinguer sauf dans certains cas pour le fenhexamide. Ils mettent en avant les aspects en général asséchants, légèrement brûlants, voire amers, et presque toujours coupant la longueur en bouche. La plupart des pesticides apportent des caractéristiques aromatiques en plus : vanille, aspirine, javel, vieux plastique, bois putréfié, noix légère, essence de pin, lessive… vieille barbe de fumeur. Apprécions l’ironie ! En outre les pesticides .. se collent aux papilles et déforment la perception des arômes naturels. Ils nous intoxiquent et nous empêchent de nous détoxifier. » Les arômes du vin et d’autres plantes peuvent nous détoxifier, contrairement aux pseudo-arômes des pesticides qui nous intoxiquent, venant du pétrole.

« Avant d’être bon, un vin doit être vrai. Leur sens profond a été piétiné par des technologies flatteuses et mensongères qui permettent d’ajouter plus de 300 goûts arbitraires dans nos vins et en outre de leur donner le droit à l’appellation d’origine contrôlée ! »

Les pesticides (décrits en détail dans des fiches de synthèse en fin de livre) « inhibent la formation des arômes dans la plante, inhibent la détection du goût des vrais arômes sur la langue et dans le nez, empêchent la détoxification naturelle par le foie et intoxiquent durablement. »

Amateurs éclairés désormais, connaisseurs plus enclins à apprécier discrètement la finesse d’un vrai vin, non altéré, au lieu de vous répandre en manplaining2 dilué dans de faux arguments, avec une assertivité virile et jusqu’ici non contestée, vous pourrez enfin goûter le plaisir vrai et savourer une conversation authentique  !

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 Jérôme Douzelet et Gilles-Eric Séralini, Le Goût des pesticides dans le vin, Ed. Actes Sud, 2018. Gilles-Eric Séralini : spécialiste des OGM et des pesticides, connu pour ses études sur les lobbies de l’agrochimie, et gagnant de tous les procès que ces dits lobbies lui ont intentés.

 

 



2

 Tendance masculine à expliquer aux femmes avec condescendance ce qu’elles savent déjà.



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03 mai 2018

Inquiétude autour d’une classe de pesticides

Inquiétude autour d’une classe de pesticides
omniprésents dans les céréales et les fruits

Selon Générations Futures, les pesticides SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase) sont omniprésents dans les céréales et les fruits.
Des chercheurs ont lancé une alerte sur les risques potentiels pour l’homme de pesticides
utilisés à grande échelle en agriculture pour détruire les moisissures.
L’ONG Générations Futures a réclamé ce mardi la suspension de l’utilisation d’une classe de fongicides qui se retrouvent
dans la nourriture, après l’alerte lancée par des scientifiques.
Le 15 avril, dans une tribune publiée dans Libération, des chercheurs (CNRS, INRA, Inserm) ont pointé du doigt les
pesticides SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), utilisés "à grande échelle" en agriculture pour détruire les
moisissures qui se développent sur les céréales ou les fruits.
Cette substance vise "à bloquer une étape clé de la respiration des champignons. Or, les cellules de tous les êtres vivants
respirent", expliquent-ils. Selon leurs travaux, le blocage de cette enzyme SDH peut "entraîner à long terme, un
changement de la structure de notre ADN : ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques", qui peuvent
provoquer la survenue de cancers. Mais ces modifications "ne sont pas détectées, ni testées avant la mise sur le marché
des pesticides", dénoncent-ils.
Omniprésents
Selon leur tribune, en France, environ 70% des surfaces de blé tendre et près de 80% de celles d’orge d’hiver sont traitées
par des fongicides SDHI. Sont également concernés semences, raisins et agrumes, ainsi que des pelouses (terrains de
golf, notamment).
L’agence sanitaire Anses a donc annoncé la mise en place d’un "groupe d’experts dédiés" pour "examiner sans délai les
éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d’alerte". Mais pour Générations Futures, il ne faut pas attendre car
certains produits sont "omniprésents" dans l’environnement et les aliments.
L’ONG pointe en particulier le boscalide, qui, selon un rapport de l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire
(EFSA), est le pesticide le plus fréquemment retrouvé dans les aliments testés en Europe. Les résidus apparaissent
notamment dans les échantillons de raisins, de blé, de bananes ou de poivrons.
Générations Futures a également épluché des analyses de produits alimentaires réalisées à son initiative ces dernières
années. Résultat : en 2016, sur 15 mueslis non bios testés, 13 contenaient des résidus de boscalide et en 2015, sur 31
échantillons de salades, 22 étaient positives au boscalide.

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19 avril 2018

Agriculture : se passer des pesticides, c’est possible !

Agriculture : se passer des pesticides, c’est possible !

Publié par la fondation pour la nature
Le sujet des pesticides est au cœur de l’actualité : vote de l’interdiction de tous les pesticides néonicotinoïdes en 2020, autorisation européenne du glyphosate, protection des riverains... Pas une semaine sans que ce sujet fasse l’objet de débat. Enjeu environnemental, sanitaire et économique … peut-on vraiment faire avec moins de / sans pesticides ? Comment faire pour réduire leur utilisation ? La Fondation Nicolas Hulot met tout en œuvre pour à la fois proposer une réduction de ces substances et montrer que se passer de leur usage est possible !

Alternatives aux pesticides

L’alternative c’est l’agroécologie

Depuis 60 ans, l’agriculture s’est largement appuyée sur les intrants de synthèse (engrais et pesticides) afin d’augmenter les rendements. Le succès a été au rendez-vous mais les impacts écologiques de ces nouvelles pratiques n’ont été mis en évidence que bien plus tard. Depuis les premiers soupçons sur les impacts sanitaires et environnementaux des pesticides, les études se multiplient pour pointer leur dangerosité… jusqu’aux prises de positions de l’OMS ou encore de l’EFSA sur certains produits ou encore les interdictions de certains pays voire de l’Union Européenne de certains produits et usages. Les pouvoirs publics commencent donc à prendre conscience de l’ampleur des dégâts mais beaucoup reste à faire tant au niveau national qu’européen.

Mais comment faire avec moins de chimie voire sans chimie ? Le meilleur exemple reste l’agriculture biologique qui n’utilise pas d’engrais ni de pesticides de synthèse. En France, son développement actuel (près de 5% de la surface agricole française est en bio, chaque jour en 2017 on compte 21 fermes bio supplémentaires) montre que non seulement cette agriculture est écologiquement intéressante mais en plus économiquement et socialement enviable.

Ferme bio en france

Au-delà de l’agriculture biologique, il est possible pour les agriculteurs de réduire fortement l’usage des pesticides. Les fermes du réseau DEPHY (réseau de Démonstration, d’Expérimentation et de Production de références du plan Ecophyto) le prouvent. Comme pour l’agriculture biologique, le secret – qui n’en est plus un – est le retour à l’agronomie : rotation des cultures, variétés adaptées, décaler les semis, bio-contrôle, rétablissement des haies et autres infrastructures agro-écologiques… C’est une modification des pratiques et de l’organisation même du système agricole qui est en jeu. Pas simple mais tout à fait réalisable à moyen terme si les pouvoirs publics le soutiennent et l’encouragent.

agriculture bio en france

Des exemples d’alternatives

Mi-mars, le débat et le vote par les députés de l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes en 2018 avec dérogation puis en 2020 pour tous sans exceptions. Ce débat a relancé cette question des alternatives. Certains avaient mis en avant le fait qu'une telle interdiction serait compensée par l’utilisation d’alternatives chimiques plus nocives encore (d’autres pesticides). Si cette option est possible, elle n’est bien entendu pas souhaitable et encore moins à favoriser… Les alternatives dont parlent les associations, les apiculteurs et les agriculteurs déjà engagés dans ces démarches sont bien des pratiques n’ayant pas recours à la chimie de synthèse !

Par exemple, le maïs est une culture pour laquelle sont utilisées les semences enrobées de substances néonicotinoïdes afin de lutter contre un insecte : le taupin. Celui-ci mange les graines semées et qui n’ont pas encore levé, causant donc des pertes.

Afin de lutter contre le taupin, non pas a priori (c’est à dire sans savoir s’il est bien présent ou non dans la parcelle) mais sur la base d’observations de sa présence, plusieurs pratiques sont  aujourd’hui mises en évidence : l’allongement de la rotation et la place du maïs dans la rotation, décaler la date du semis, utiliser le bio-contrôle (champignons ou nématodes), substances répulsives ou attractives (appâts)… Face à un problème, l’agroécologie ne propose pas une solution unique mais une convergence de pratiques afin de réduire la pression des ravageurs… sans mettre à mal l’environnement.

La France peut continuer à être en pointe

La France va interdire les pesticides néonicotinoïdes. C’est une victoire pour les abeilles, l’environnement en général… et pour notre santé !

L’usage d’autres produits est également discuté actuellement, notamment le glyphosate (le fameux Round Up).  La loi pour la transition énergétique a adopté l’interdiction de la vente en libre service pour les particuliers à partir du 1er janvier 2017 et l’interdiction de l’ensemble de l’usage des pesticides aux particuliers en 2019.

Malgré ces prises de conscience, de nombreux blocages restent encore à lever pour amocrer une réduction significative de ces substances. Rappelons que le plan Ecophyto en vigueur depuis 2008 n’a pas permis de réduire leur usage… il a même augmenté de près de 10% ces dernières années…

La France peut poursuivre son engagement en faveur d’une agriculture moins dépendante des pesticides et meilleure pour la santé et l’environnement en :

  • Promouvant et soutenant les solutions alternatives issues de l’agroécologie et l’agriculture biologique par des financements fléchés (PAC, plan Bio, Ecophyto)
  • Maintenant sa position concernant l’interdiction du glyphosate au niveau européen
  • Séparant le conseil et la vente des pesticides, activités encore liées au sein des entreprises et coopératives, incitant de fait à la consommation
  • Interdisant des pesticides les plus dangereux pour l’environnement et la santé
  • Protégeant les riverains qui subissent l’épandage de ces produits en instaurant des zones de protection 

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16 avril 2018

Maladie de Parkinson: Le risque lié aux pesticides concernerait aussi les riverains

Totalité de l’étude à lire ici : https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2018/04/incidence_parkinson_beh_100418.pdf

 

Maladie de Parkinson: Le risque lié aux pesticides concernerait aussi les riverains

ETUDE Comme les agriculteurs, les habitants des régions agricoles et notamment viticoles sont exposés à ces substances phytosanitaires

Un agriculteur emploie des pesticides dans son champ en France (illustration).

Un agriculteur emploie des pesticides dans son champ en France (illustration). — PHILIPPE HUGUEN / AFP

L’étude a de quoi alarmer. Le risque de maladie de Parkinson lié aux pesticides ne se limiterait pas aux seuls agriculteurs. Toute la population des régions les plus agricoles, et notamment les plus viticoles serait ainsi concernée.

Une augmentation de la maladie de Parkinson dans la population générale habitant ces zones a été relevée dans une étude épidémiologique nationale publiée mardi 10 avril.

Un risque plus élevé de 10 % pour les agriculteurs

Cette augmentation est observée « y compris après exclusion des agriculteurs », souligne l’éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) dédié à la maladie de Parkinson paru la veille de la journée mondiale consacrée à cette pathologie neurodégénérative. L’utilisation importante des pesticides s’accompagnerait ainsi d’une exposition des riverains à ces substances phytosanitaires.

90 % des pesticides « sont dédiés à l’usage agricole, avec un risque plus élevé de maladie de Parkinson de l’ordre de 10 % chez les agriculteurs », souligne la neurologue Marie Vidailhet dans l’éditorial de ce numéro du BEH édité par l’agence sanitaire Santé publique France.

Les régions viticoles plus touchées

Si le rôle de l’exposition non-professionnelle aux pesticides était confirmé dans la maladie de Parkinson, « le nombre de cas de Parkinson attribuable aux pesticides pourrait être plus élevé que si seule l’exposition professionnelle était impliquée », selon les auteurs de l’étude.

Le risque est également plus fort dans les cantons où la proportion de terres dédiées à la viticulture est la plus nombreuse. L’incidence de la maladie est « plus élevée de 10 % par rapport aux cantons sans viticulture », notent-ils d’après des analyses effectuées à partir de 69.000 cas survenus en métropole sur la période 2010-2012.

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09 avril 2018

Les pesticides dans le vin, une réalité

Les pesticides dans le vin, une réalité Par SylvainLeleu

Pour lutter contre les organismes considérés comme nuisibles à leurs cultures, les viticulteurs utilisent des pesticides. Ces substances chimiques visent à anéantir ou prévenir la croissance des insectes ou tout autre organisme néfaste au développement des vignes. Le problème est que l'on retrouve ces pesticides dans le vin. Pour y voir plus clair, UFC Que Choisir a réalisé une étude dont les résultats dépassent l'entendement.

Le vin plus contaminé que l'eau

L'étude a pris en compte 92 vins issus de toutes les régions viticoles de France : Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Côtes-du-Rhône, Languedoc-Roussillon, Loire et Provence. Le verdict est sans appel : ils sont tous contaminés par des pesticides. Sur les 165 pesticides recherchés, 33 ont été retrouvés dans les vins examinés, dont certains sont interdits en Europe.

Le degré de contamination varie d'une région viticole à une autre. Les vins du Sud-Ouest sont les plus touchés par la contamination des pesticides. Ainsi, le célèbre Mouton Cadet 2010 de Bordeaux est le vin le plus contaminé de la liste avec 14 molécules de pesticides retrouvées. Cinq autres Bordeaux sont logés à la même enseigne avec des taux de résidus allant de 441 microgrammes/kg à 1.692 microgrammes/kg.

A l'inverse, les vins de Provence et de la vallée du Rhône, s'en sortent bien mieux.
Pour les chercheurs, le taux de résidus qu'affichent les vins analysés, permet de dire que les vins contiennent 3.000 fois plus de pesticides que l'eau. En effet, pour cette dernière, la norme applicable est de 0,5 microgramme par kilo d'eau (limite à ne pas dépasser).

Les vins biologiques n'échappent malheureusement pas à la contamination des pesticides ou des fongicides. Toutefois, les taux de résidus constatés chez les vins biologiques sont assez réduits par rapport à ceux des vins classiques.

Doit-on s'inquiéter ?

Malgré la forte teneur des vins en résidus de pesticides, aucun d'entre eux ne présente un danger pour la santé humaine, ce qui est plutôt rassurant. D'après les enquêteurs, les teneurs en pesticides affichés par les vins examinés sont largement en dessous du seuil de toxicité ou de la limite maximale de résidus (LMR). Mais au-delà de cette conclusion, l'analyse des vins français a permis de faire d'autres révélations.

Ainsi, parmi les substances détectées, on retrouve le bromopropylate et le carbendazyme. Or, la première molécule est interdite en Europe, tandis que la deuxième est retirée du marché français depuis 2007. Le carbendazyme a été retrouvé dans 19 bouteilles de vin examinées et en forte dose dans 5 d'entre elles.

L'Institut de Veille Sanitaire a publié en avril dernier, une enquête qui contredit la conclusion des enquêteurs de l'UFC Que Choisir. Selon cette dernière, les Français sont trois fois plus exposés à la contamination de certains pesticides que les Américains. Un rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) allait également dans ce sens. Il a révélé que l'exposition des agriculteurs ou même des riverains aux pesticides, est susceptible de favoriser le développement de maladies cancérigènes et neuro-dégénératives.

Malheureusement, aucune norme n'existe...

Pour la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), les LMR (Limites Maximales de Résidus), qui sont définies en fonction des bonnes pratiques agricoles, s'appliquent par définition aux produits bruts, c'est-à-dire au raisin en cuve, avant la fermentation éthylique. Or, certains pesticides se retrouvent tout de même dans le vin, qui en est le produit final. A la DGCCRF, la LMR appliquée pour le raisin de cuve est également valable pour le vin. De ce fait, elle effectue chaque année, des prélèvements de vin et de raisin de cuve afin d'en vérifier la conformité des teneurs en pesticides par rapport à la réglementation.

Cependant, aujourd'hui, il n'existe officiellement aucune norme de sécurité en Europe pour le vin lui-même. Selon UFC Que Choisir, le projet pour l'instauration de la LMR est en étude depuis plus de deux ans. L'avancée de ce projet est sciemment hypothéquée par les lobbys, alors que d'autres pays ont déjà mis en place ce système de contrôle. La conclusion des enquêteurs stipule que la teneur en pesticides des vins français est sans danger sanitaire pour le consommateur. Toutefois, il existe "l'effet cocktail" (multi-résidus) mais aussi l'imprégnation sur le long terme. Cet aspect est encore à l'étude et reste mal compris par les scientifiques eux-mêmes...

Ainsi, il serait difficile de mesurer le risque d'un éventuel croisement de plusieurs résidus de pesticides, même à faible dose. En l'absence de norme réglementaire pour les vins, il revient donc au consommateur de prendre des précautions. Nous vous conseillons comme pour tous les aliments, de varier les vins mais aussi les régions d'origine. D'ailleurs, les vins bio se révèlent un bon compromis, d'abord parce qu'ils présentent des profils contenant moins de substances chimiques, mais aussi parce que les vins bio sont contrôlés par des organismes de certification indépendants.

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