Collectif Basse Vallée du Lot Santé-Environnement

21 novembre 2017

Conseils aux Travailleurs agricoles

par Alexandre Abellan
À l’occasion d’une table ronde ce 22 mars à Saint-Estèphe, le chercheur souligne que « si globalement les agriculteurs ont une espérance de vie supérieure à celle du reste de la population, ils sont spécifiquement plus touchés par les cancers et maladies neurodégénératives… »À l’occasion d’une table ronde ce 22 mars à Saint-Estèphe, le chercheur souligne que « si globalement les agriculteurs ont une espérance de vie supérieure à celle du reste de la population, ils sont spécifiquement plus touchés par les cancers et maladies neurodégénératives… » – crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Expert en ergonomie le professeur Alain Garrigou alerte sur l’efficacité limitée des EPI actuels, et prévient que les expositions ne sont pas celles que le professionnel peut croire.

« Il faut savoir que les pesticides sont faits pour pénétrer les cellules animales ou végétales. Que ce soit pour tuer l’insecte ou le champignon ou la mauvaise herbe. Ils ont un fort pouvoir de pénétration dans les organismes, mais aussi au niveau des combinaisons » explique le maître de conférences Alain Garrigou (université de Bordeaux et INSERM). Éclairant de son expertise en ergonomie la réunion du Collectif Info Médoc Pesticides, ce 22 mars à la salle des fêtes de Saint-Estèphe. Chaque molécule active ayant ses propres modalités de pénétration, les matériaux constituant les combinaisons de protection des préparateurs et tractoristes ne peuvent répondre à toutes les possibilités explique le chercheur. Qui conclut implacablement qu’« aujourd’hui, une combinaison qui protège efficacement de tous les produits chimiques, cela n’existe pas ! »

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L’expert assume d’autant plus sa position que les autorisations de mise sur le marché des phytos sont désormais accompagnées de conseil de port des Équipements de Protection Individuelle (EPI). « Ce qui veut dire que sans ces combinaisons, vous êtes en situation dangereuse » résume Alain Garrigou, qui s’inquiète d’un transfert de responsabilité des autorités publiques et des fabricants de pesticides « sur le dernier maillon de la chaîne ». Nuancé, il ajoute que « les combinaisons peuvent être efficaces, certes, mais ce n’est pas la panacée. En l’état, il faudrait jeter tous les jours sa combinaison pour avoir un niveau de perméabilité qui soit acceptable. »

Expositions cutanées et indirectes

Plaidant pour une prévention plus efficace du risque phyto auprès des exploitants et travailleurs viticoles, Alain Garrigou démonte également quelques idées reçues. Réalisant en propriété des mesures de contamination* des personnes et équipements, il fait part d’une surprise : « souvent on a tendance à croire que le risque des pesticides passe avant tout par les poumons. Or nos études démontrent que 90 à 95 % des produits passent par la peau. » Si l’exposition phytosanitaire n’est pas principalement respiratoire, mais cutanée, certains réflexes doivent être révisés. Le chercheur évoque ainsi l’exemple d’un viticulteur qui met « un masque quasiment de cosmonaute » pour préparer phytos, mais rentre dans sa cuve en short pour la déboucher…

Si le danger des contaminations directes, lors du mélange ou du traitement des produits, semble évident, les études démontrent également l’importance d’expositions indirectes. « Durant les traitements, le tracteur et le pulvé vont être recouverts de produit. Chaque fois que les agriculteurs vont aller au contact de ce matériel, c’est le produit rémanent qui va passer » alerte Alain Garrigou. Or l’accumulation des molécules, traitements après traitements, n’est pas neutre si le matériel de pulvérisation n’est pas fréquemment lavé à fond. « Il nous est arrivé plusieurs fois de mesurer que le produit trouvé en plus grande concentration un jour de traitement, ce n’était pas celui utilisé le jour même, mais celui utilisé jusqu’à un mois avant… » conclut l’universitaire.

 

* : Par la pose et l’analyse fine de patches de gaze.

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Pesticides : une leçon italienne

« Pesticides : une leçon italienne »

ou comment une garantie économique contre les baisses de production est
aussi, sinon plus efficace que l’usage d’intrants chimiques. Mais comment
faire le poids contre les industriels et les coopératives accrochés à leur
marché juteux, et comment résister au conflit d’intérêts ?
Chronique de Stéphane Foucart dans le Monde daté du dimanche 19 et lundi
20 novembre 2017.
Après avoir observé que « les traitements insecticides appliqués sur le maïs
étaient inutiles, puisque les ravageurs ciblés étaient absents de 90 à 95% des
champs traités », que « ces intrants dégradaient la qualité de la récolte, …
nuisaient à la santé, à l’environnement », un agronome italien a compris que cet
usage de pesticides, comme aujourd’hui celui des néonicotinoïdes encapsulés
dans la granule ‘semée’, faisait fonction de garantie à la rentabilité des cultures.
D’où l’idée de remplacer cette pratique d’assurance de la production issue des
intrants par « un fonds mutualisé remplissant le même rôle d’assurance-récolte
que les pesticides mais sans aucun de leurs inconvénients ». « Ce fonds fédère
aujourd’hui un ensemble d’agriculteurs représentant près de 50000 hectares, …
chaque maïsculteur versant une somme modique de 3 à 5€/ha. » Une économie
de 7 à 10 fois moins que l’utilisation de pesticides », porteurs de ravages
irréversibles pour la biodiversité. Mais ce constat, pour le moment, laisse de
marbre les conseilleurs des agriculteurs qui sont en même temps les vendeurs
des produits phytosanitaires. C’est ce que l’on appelle le conflit d’intérêts. « En
France ce sont les coopératives qui sont maîtres du jeu ». Le Président de la
République qui avait promis de séparer les activités de conseil technique et de
ventes de pesticides aux agriculteurs, va-t- il tenir précisément tenir cette
promesse ? Le plan Ecophyto en 2008 qui devait faire baisser l’usage des
pesticides n’a rien changé. Encore une fois l’enjeu financier…

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14 novembre 2017

Manifeste pour une agriculture durable

Lydia et Claude Bourguignon
Manifeste pour une agriculture durable

Actes Sud, 2017

Lydia et Claude Bourguignon, microbiologistes des sols, font partie des premiers
scientifiques à avoir alerté dans les années 70 l’opinion sur la dégradation rapide de la
biomasse et de la richesse des sols en micro-organismes. Ils ont contribué, notamment
dans leur laboratoire, le LAMS*, à développer des techniques alternatives qui se sont
révélées très efficaces.
Leurs études, leurs prestations et leurs résultats devraient nous conduire à réviser nos
idées reçues sur les méthodes et pratiques agricoles productives au rendement intensif
pour comprendre comment fonctionnent la terre et ses micro-organismes, et à partir de
ces savoirs, savoir-faire ancien ou sciences prospectives, réinventer une agriculture
authentique, paysanne, rentable, et de haute qualité.
C’est au prix d’une lecture attentive et d’un effort de compréhension approfondie des
fonctionnements du sol que nous pourrons nous faire une idée fondée, étayée,
documentée des réalités agricoles, des échecs passés et des enjeux à venir, des espoirs
aussi de changer les pratiques, avertis que nous serons de la vraie science et de ses
bénéfices.
* LAMS, Laboratoire Analyses Microbiologiques Sol, crée en 1990.


Ci-dessous, des extraits de leur livre.
Introduction
La « révolution verte », c’est une politique de transformation de l’agriculture
fondée principalement sur l’intensification par l’utilisation de variétés de céréales
à hauts rendements, d’engrais, de pesticides et d’irrigation. Ce modèle …est basé
sur une approche simpliste du sol, ramené à son rôle de support, et sur une conception
industrielle du vivant, réduit à une masse de biomolécules et de matières premières. Il a
rendu l’agriculture polluante, destructrice de l’environnement, productrice de
malbouffe, et de plus, incapable d’assurer la sécurité alimentaire de la France et la survie
économique de ses agriculteurs.
Les politiques ont abandonné depuis trop longtemps le développement agricole à
l’agro-industrie.


Présenter l’agriculture durable comme une solution pour cette France qui maltraite son
agriculture et son industrie en important sa nourriture et ses produits manufacturés de
pays à bas salaires, peut paraître iconoclaste.
L’agriculture cultive la vie qui est soumise à la loi de néguentropie (facteur
d’organisation des systèmes physiques). Un grain de blé semé en donne cent.
L’agriculture est source de toute richesse mais il faut la protéger, elle dépend du climat.
L’agriculture industrielle consomme 10 calories de pétrole pour produire 1 calorie
alimentaire de plein champ et 36 calories de pétrole pour 1 calorie alimentaire hors sol.
Or la France importe 100% de son pétrole.
C’est la 1 ère fois dans l’histoire de l’humanité que celle-ci fait dépendre son
alimentation du pétrole et non pas de cette énergie durable qu’est le soleil. En
violant les lois du sol, l’agriculture dite intensive détruit leur fertilité et les érode,
selon trois étapes : la dégradation d’abord biologique, puis chimique, puis
physique (érosion).


Les industriels ont réussi à force de lobbying à faire breveter les semences, or les
semences ne sont pas une invention humaine et ne sont donc pas brevetables.
Importance aussi de la spéculation sur les denrées agricoles. On est capable de créer des
pénuries agricoles pour faire grimper les prix.
La mondialisation des échanges a provoqué la faillite de beaucoup de petits agriculteurs
français qui n’ont pas pu être compétitifs face aux énormes fermes industrielles qui ont
reçu des aides de la PAC et qui utilisent force pesticide et matériel lourd.
Depuis 1950 la proportion des agriculteurs est passée à 2,5%. Le gigantisme des
élevages ignore le respect des conditions de vie animales.
Deuxième partie : Evolution verte de l’agriculture
La définition utilitariste de l’agriculture ne peut pas répondre à cette complexité et à
cette dimension de civilisation que recouvre l’agriculture.
Nous proposons de définir l’agriculture comme étant une gestion , présente et
future, d’un écosystème naturel , en vue de produire des aliments sains qui sont le
reflet qualitatif et gustatif du « Terroir ». Gérer un écosystème, c’est à dire une
complexité, implique de connaître chaque composant ainsi que les relations qui lient ces
composants entre eux. Cela demande de remplacer la technique de l’agro-industrie,
focalisée sur le seul profit des multinationales, par une science agricole au service
de tous, c’est à dire des agriculteurs et des citoyens.
Cette science doit s’appliquer à tous les niveaux de l’écosystème agricole : la gestion de
la fertilité des sols, la gestion et la sélection des plantes et des animaux en condition de
milieu, la protection des plantes et des bêtes.

Les engrais et les pesticides nous ont fait oublier la notion de terroir et nous ont
fait croire que l’on pouvait produire n’importe quoi n’importe où, à n’importe
quel prix, puisque l’on pouvait faire du hors-sol, et que donc seule la main
invisible du marché et le coup de pouce des subventions devaient décider de la
vocation d’une ferme. Le résultat est la ruines des agriculteurs car faire de la vigne sur
un sol à maïs ou faire du lait sur un sol à viande, n’est pas rentable. Il n’y a pas de
mauvais sol, il n’y a que des plantes non adaptées à leur terrain.
La sélection génétique est le premier facteur d’augmentation des rendements. Il faut
l’apprendre. .. Les paysans pourront alors redevenir acteurs de leur
développement au lieu d’être sous la coupe des semenciers qui disposent maintenant
de l’arme redoutable des OGM, qui prive les agriculteurs de leur liberté. Cela évitera aux
paysans de « gober » les mensonges des semenciers.
Produire moins mais de qualité et avec une bonne marge : voilà ce que beaucoup de
vignerons ont compris.
La Protection des plantes et des animaux
Les citoyens demandent à l’agriculture de ne plus employer de pesticides maintenant
que leurs effets cancérigènes et endocriniens ont été mis en évidence. Pour répondre à
cette demande il faut donc changer complètement nos moyens de lutter contre les
parasites et de soigner les plantes.

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12 novembre 2017

Bruno Latour Face à Gaïa

Où nous mènera le réchauffement climatique, où allons nous atterrir ?

Décryptage et nouveau regard sur les enjeux et les solutions, `

par Bruno Latour

Bruno Latour : les deux derniers ouvrages de Bruno Latour, professeur émérite à Sciences Po Paris, auteur de nombreux livres, philosophe des sciences, sociologue, anthropologue, traitent de l’écologie dans le cadre d’une évolution irréversible des mutations climatiques. Comment réagira et se sauvera l’humanité ? Pourra-t-elle définir un destin commun ? L’analyse de ces problématiques liées au réchauffement climatique pourrait nous éclairer sur la manière de comprendre ce qui se passe dans le monde de la dite « modernisation » agricole et agro-industrielle, et de ses conséquences tout aussi délétères ou incontrôlées. En écho à cette recherche de nouveaux territoires, de sols, de paysages que défend Bruno Latour, il nous a paru intéressant d’évoquer l’un des derniers livres de Claude et Lydia Bourguignon, ingénieur et scientifique, spécialistes des sols et des terroirs, fondateur du LAMS (Laboratoire d’analyse microbiologique des sols) installé tout près de Cahors.

Bruno Latour

Face à Gaïa

Huit conférences sur le nouveau régime climatique

Ed. Les Empêcheurs de penser en rond. La Découverte- 2015

D’accès parfois difficile et pour cause, la réflexion de l’anthropologue et philosophe des sciences, Bruno Latour, s’emploie à décrypter la complexité des situations et souvent la confusion des concepts anciens, des questions mal posées comme la dichotomie nature/culture, pour faire apparaître de nouvelles propositions qui placent Gaïa, la terre, le sol, les territoires face au Globe, la globalisation et ses conséquences délétères. Car après avoir révisé les temporalités du régime climatique, passé, présent, futur, et l’Anthropocène que les hommes ont précipité, tout en dénonçant les « puissances déchainées » du régime climatique, Latour cherche à déterminer les nouvelles « puissances d’agir ».

Nous sommes parvenus à une mutation profonde, non une crise qui signifierait que ça va passer. Latour alerte et pointe notre tendance au somnambulisme qui a vu passer le désastre et son irréversible course, notre déni, notre méprise vis à vis du progrès. C’est ce qu’il appelle « une altération de notre rapport au monde », un terme savant pour désigner la folie. Ci-dessous quelques citations, comme autant de leviers à notre propre réflexion et notre envie d’aller plus loin dans la compréhension de nécessaires remises en question face à un monde où les Humains devraient redevenir des Terrestres, au plus près de la vie de la Terre, si nous ne voulons pas être engloutis par la vague globalisante des actions humaines inconséquentes et destructrices.

« Sur le principe de précaution, souvent mal interprété, il ne s’agit pas de s’abstenir quand on est incertain, mais, au contraire, d’agir même quand on ne possède pas la certitude complète. C’est un principe d’action et de recherche, de mise en tension et non pas, comme le voudraient ses ennemis, d’obscurantisme. 

La dispute ou la polémique se retrouve chaque fois que l’on utilise l’existence non morale d’« un monde naturel » pour critiquer un choix culturel ou un comportement humain.

DANS LA NOTION DE « NATURE », IL Y A TOUJOURS UNE DIMENSION POLÉMIQUE.

La chimie de la haute atmosphère est devenue un complot « contre l’American way of life »

Bush : « notre mode de vie n’est pas négociable ».

P 40 Les climato-sceptiques ont donc eu l’astuce de retourner contre leurs adversaires l’épistémologie ordinaire ; ils se sont limités aux seuls faits en affirmant tranquillement : «  Les faits ne sont pas là, que vous le vouliez ou non ».

P 55 Le réchauffement climatique, le réchauffement inertiel de la mer, les changements d’albedo des pôles, l’acidité croissante des océans : Il ne s’agit pas de réformes progressistes mais de changements catastrophiques. A la racine du scepticisme à l’égard du climat, il y a ce reversement surprenant de la teneur même du progrès, de la définition de ce qui est à venir et de ce que signifie appartenir à un territoire. On ne peut pas regarder ça depuis la rive, il n’y a plus de spectateur car il n’y a plus de rivage qui n’ait été mobilisé dans le drame de la géohistoire.

Gaïa : la particularité de la planète Terre : par l’ensemble des vivants qui la composent elle est devenue elle-même vivante, elle est réactive, sensible, « extrêmement chatouilleuse » (LOVELOCK). Les actions humaines reçoivent une réponse de Gaïa lorsque les espèces vivantes disparaissent, lorsque monte le niveau de la mer.. Les lois de la nature sont des êtres immatériels qui sont partout et nulle part à la fois. Gaïa est composée de tous les êtres qui l’habitent. Gaïa et les terrestres n’existent qu’à travers des connexions. En fonction de ces connexions, certaines vies émergent, d’autres formes disparaissent. Gaïa ne cesse de changer. Chaque être vivant s’adapte à l’environnement mais le change aussi.

L’Anthropocène : nos actions ont des conséquences sur la Terre.

P291 Rien dans la résistance des opposants nous oblige à tout rejouer : ils sont simplement archaïques, retardataires, incultes, peut-être stipendiés, sûrement de mauvaise foi. Même si vous vous prétendez en guerre contre de tels adversaires (les négationnistes), cette guerre n’en sera pas une, puisqu’elle restera pédagogique.

P 293 On ne pourra jamais repolitiser l’écologie sans accepter d’abord de reconnaître qu’il y a bien un état de guerre, une guerre des mondes.. Enfin, grâce aux disputes sur le climat et sur comment le gouverner, on se repose la question politique en termes de vie et de mort : qu’est ce que je suis prêt à défendre ? Qui suis-je prêt à sacrifier ?

P 315 Le retour de la Terre ne ressemble en rien au retour à la Terre.

P 316 Nous ne pouvons pas continuer à croire à l’ancien futur, si nous voulons avoir un avenir.

L’état d’exception du nouveau régime climatique nous oblige à nouveau à la politique.

Les caravelles des 1ers explorateurs ont défini chaque fois de nouvelles prises de terre : P322

Qu’il pleuve ou qu’il vente, on ne peut plus ne pas se dire que c’est en partie de notre faute. P327

Désormais tout nous regarde. » P 328

Commentaire de la revue Lectures : les lobbysites n’ont rien de sceptique. Pour être sceptique il faut regarder les instruments, vérifier les calculs, ce que ne font pas les lobbyistes : ils cherchent à semer le doute, à faire polémique, sans émettre d’objections sérieuses. Ce serait plus adéquat de parler de climatonégationnistes. Ils ne cessent d’attaquer les faits scientifiques alors même que ce qu’ils cherchent, c’est éviter les conséquences politiques qu’impliquent ces faits.

Bruno Latour

Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ?

Ed. La Découverte, 2017



Le dernier essai de Bruno Latour, anthropologue et philosophe, impliqué dans la défense et illustration de la conférence de la COP 21 au théâtre des Amandiers à Nanterre, pose la question de savoir si, après la rupture de Trump avec les accords de Paris sur le climat, un monde commun est encore possible. Y aura-t-il assez de place sur la terre ?

Dans le passé les écologistes n’ont pas assez fait le lien entre le social et l’écologique, et n’ont pas pris assez en compte les inégalités sociales découlant des effets climatiques, environnementaux, politiques qui se propageaient au niveau global. Aujourd’hui la question du politique se pose, cruciale : dans quel monde voulons nous vivre ? Chacun voudrait vivre sur un territoire protecteur, mais l’état-nation n’est pas à la bonne taille puisque toutes les politiques sont transversales. Trump qui s’est d’abord attaqué aux migrants, ambitionne une America great sauve qui peut, repliée, et qu’importe le reste du monde, qu’importe ceux qui ne sont pas des élites, pourvu que les élites se sauvent en dilapidant, en dérégulant les biens communs, ceux des populations poussées ou à la misère ou à l’exil, ceux des générations futures.

Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.”

La modernisation liée à la globalisation n’est plus la solution, le conflit entre le local et le global doit se rédéfinir autrement : en décrivant un territoire, qui ne soit pas un pré carré mais le lieu où s’expérimentent des alliances sociales nouvelles, des pratiques de cultures différentes, des zones à défendre les intérêts communs.

Un exemple que nous tirons de la guerre des semences : la globalisation qui répand partout des semences non reproductibles, est suspendue à quatre firmes mondiales, qui, sous prétexte de nourrir la planète, non seulement anéantissent la connaissance du savoir-faire, appauvrissent définitivement les paysans, dénaturent le sol et la graine, mais aussi menacent de devenir les propriétaires exclusifs et universels, pour ne pas dire totalitaires, du produit naturel par excellence, la semence, au mépris de la biodiversité considérée comme le bien commun de l’humanité.

Bruno Latour dénonce ce que Naomi Klein nomme “la stratégie du choc” à la source d’inégalités, cette vaste entreprise de dénégation du réchauffement climatique, la production de toute une littérature du déni et de discours idéologiques va t’en guerre, aussi dévastateur et puissant que des tonnes de CO2.

L’Europe sera-t-elle le territoire, le paysage, le lieu où se réécrira le politique accompagné d’une réflexion sur la géophysique et mêmed’une « géologie » de la morale ?

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09 octobre 2017

Agriculture bio : la clé des champs

  1. Agriculture bio : la clé des champs

Antoine de Ravignan Alternatives Economiques n°369

 

Face aux dégâts infligés par le modèle agricole actuel, la ferme France aurait intérêt à se convertir massivement au bio. Mais cela implique aussi de manger autrement.

Quelque chose ne tourne pas rond dans nos assiettes. Elles sont remplies par des agriculteurs qui bénéficient année après année d’environ 9 milliards d’euros d’aides publiques, via la politique agricole commune. Ces soutiens, qui représentent 80 % du revenu des 297 000 exploitations dites "professionnelles"1, sont certes nécessaires. Dans un contexte de marchés ouverts et dérégulés, où les prix mondiaux sont trop faibles pour rémunérer la plupart des productions, ce sont des pans entiers de l’agriculture qui s’effondreraient en leur absence, et avec eux la sécurité alimentaire du pays. Mais l’argent du contribuable est loin d’avoir pour contrepartie une alimentation dont les conditions de production répondent à l’intérêt commun. Cette question devrait être au coeur des très attendus Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation prévus par le nouveau président.

L’argent du contribuable est loin d’avoir pour contrepartie une alimentation dont les conditions de production répondent à l’intérêt commun

En premier lieu, les subventions ne permettent pas de maintenir l’emploi. De 1999 à 2013, le nombre des agriculteurs en activité est passé de 519 000 à 313 500 ; près de 90 000 exploitations professionnelles ont disparu au cours de ces quinze dernières années. Notamment parce que les règles de distribution des aides, largement assises sur la surface de terres dont disposent les agriculteurs, entretiennent les inégalités au sein du monde agricole. En 2015, après subventions, un quart des exploitations professionnelles a dégagé un revenu annuel inférieur à 8 500 euros, avec un résultat négatif de plus de 6 000 euros pour les 10 % en bas de l’échelle2.

 

Par ailleurs, les conditionnalités environnementales attachées aux aides sont trop laxistes pour stopper la destruction de ce qui constitue les bases mêmes du système productif : la diversité des espèces et des espaces, l’eau et les sols. La consommation de pesticides, loin de reculer comme l’avaient promis les plans qui se sont succédé depuis le Grenelle de l’environnement en 2007, a progressé de 22 % entre 2009-2010 et 2014-20153.

 La consommation de pesticides a progressé de 22 % entre 2009-2010 et 2014-2015

La toxicité de ces produits conjuguée à la destruction des milieux naturels et à l’appauvrissement biologique des espaces cultivés se traduit par des pertes de biodiversité inédites. De 1989 à 2013, les populations d’oiseaux des champs ont décliné de 45 %. Sur dix ans, le taux de mortalité des abeilles est passé de 5 % à 30 %. Les excès d’azote liés aux épandages de fertilisants expliquent qu’en 2014-2015, 17,7 % des points de suivi des eaux de surface et 49,8 % de ceux des eaux souterraines avaient une teneur moyenne en nitrates supérieure à 25 mg/l4, niveau considéré en France comme le seuil d’alerte.

Sur le plan sanitaire, des liens sont établis entre l’apparition de cancers et maladies neurodégénératives chez les producteurs et leur exposition chronique aux pesticides. Ces produits sont également détectables dans 45,4 % des aliments consommés en Europe, selon un rapport récent de l’Agence européenne de sécurité des aliments. Si les limites légales sont respectées dans 97 % des cas, beaucoup de chercheurs suspectent la toxicité à faible dose de ces produits classés comme perturbateurs endocriniens. Un autre sujet, moins souvent évoqué, concerne les résistances aux antibiotiques, à l’origine de 25 000 décès par an en France. L’élevage fait partie du problème, les usages vétérinaires représentant dans leur ensemble la moitié de la consommation d’antibiotiques.

    1. Le boom des surfaces

Face à un tel bilan, l’essor de l’agriculture bio, dont le cahier des charges interdit les pesticides et les engrais de synthèse , n’est pas surprenant. Elle est passée de 1,9 % de la surface agricole en 2002 à 4,9 % en 2015. Cela reste en dessous de la moyenne européenne (6,2 %) et loin derrière l’Italie (12 %), la Suède (17 %) ou encore l’Autriche (21 %), mais la dynamique est solide. Elle est entretenue par la forte demande des consommateurs (+ 15 % sur un an en 2015, + 20 % estimés pour 2016), les préoccupations des producteurs et l’intérêt des collectivités territoriales . Le bio est en effet un facteur de développement local, la production nationale couvrant les trois quarts de la demande. Quant aux importations, leur concurrence est limitée : il s’agit pour moitié de produits tropicaux.

        1. Le bio au beau fixe

Zoom Stéphanie Pageot, agricultrice : "Il ne faut pas reproduire en bio ce qu’on a fait en conventionnel"

"Les aides à la conversion ? Les enveloppes prévues en 2017 pour aider les agriculteurs à passer en bio ont déjà été dépensées dans pratiquement toutes les régions", soupire Stéphanie Pageot, la présidente de la Fnab, la Fédération nationale de l’agriculture biologique. Car l’intendance ne suit pas, alors qu’ils sont de plus en plus à vouloir se lancer. Une situation qui a bien changé en vingt ans : "Lorsque mon mari et moi nous nous sommes installés, nous étions les seuls dans le coin."

Pour cette Vosgienne de 45 ans, fille de paysan, le bio est déjà une longue histoire. Elle commence en 1991 quand son père décide de tourner la page de la chimie. Cette passion ne la quittera plus et son mémoire de fin d’études d’ingénieur à l’Ecole supérieure d’agriculture de Rouen porte sur la gestion des déjections animales dans les fermes bio. C’est également dans cette école qu’elle rencontre Guylain, son futur mari, fils d’éleveurs de Bourgneuf-en-Retz, en Loire-Atlantique. Lui, c’est plutôt le genre agriculture classique. Mais en 1998, quand il reprend l’exploitation familiale avec son amoureuse, celle-ci le convainc de franchir le pas. "Ce choix n’a pas été très facile, se souvient Stéphanie. Toutefois, le fait d’être ingénieurs a rassuré la banque, qui a suivi."

Aujourd’hui, cette ferme de 190 hectares produit 300 000 litres de lait par an, dont la moitié transformée sur place. "Notre activité rémunère six personnes en équivalent temps plein, contre une à deux sur une exploitation conventionnelle de taille équivalente." Les trois associés, elle, son mari et son beau-frère, se versent un salaire de 2 000 euros. Ils prennent quatre semaines de vacances par an. "Nous vivons bien."

La crise du lait ne les a pas touchés : "Le bio nous assure des prix corrects." Raison pour laquelle beaucoup de producteurs conventionnels veulent se convertir. C’est une bonne nouvelle et une source d’inquiétude aussi, car un certain nombre se décident dans l’urgence, voire sur la base de motifs purement financiers : "il ne faut pas reproduire avec le bio ce qu’on a fait en conventionnel", rappelle la présidente de la Fnab, dans un contexte où la croissance du secteur met de plus en plus en concurrence "des pratiques très différentes, depuis la ferme autonome et économe, en démarche de progrès permanent, jusqu’à l’agrobiobusiness". En 2015, Stéphanie Pageot a été nommée à la légion d’honneur, mais elle prend son temps pour choisir de qui elle acceptera de la recevoir. Pierre Rabhi, peut-être.

Mais est-il réaliste d’imaginer une ferme France à 100 % bio ? Ce mode de production réclame plus de travail humain qu’en agriculture conventionnelle (2,4 équivalents temps plein, contre 1,5 par exploitation en moyenne). Ce grand avantage au regard de l’emploi explique aussi en bonne partie des coûts plus élevés, qui se répercutent sur les prix au consommateur. Les écarts entre produits non bio et bio (de l’ordre de 20 % à 30 % en plus), qui rendent le bio peu abordable pour beaucoup de foyers, doivent cependant être relativisés. Cuisiner des produits de base bio et réduire la part de la viande au profit des légumineuses ne coûte pas forcément plus cher que de remplir son panier de plats préparés et de boissons sucrées. Par ailleurs, gonfler les marges devient plus difficile pour les distributeurs au fur et à mesure que la production bio se banalise et se répand dans des canaux multiples et concurrents.

Les bas coûts auxquels parvient l’agriculture conventionnelle n’intègrent pas ses "externalités" sociales, environnementales et sanitaires, largement négatives

Il faut également s’interroger sur la part de l’alimentation dans le revenu des ménages, passée de 28 % en 1960 à 17 % aujourd’hui. Les bas coûts auxquels parvient l’agriculture conventionnelle n’intègrent pas ses "externalités" sociales, environnementales et sanitaires, largement négatives et assumées in fine par la collectivité. Ainsi, selon une étude du ministère de l’Environnement, les pollutions par les engrais azotés et les produits phytosanitaires coûteraient chaque année entre 0,9 et 2,9 milliards d’euros, selon les hypothèses de calcul retenues5. Inversement, plusieurs expériences locales en Europe ont montré qu’il était possible de diviser par 2,5 à 7 le coût de potabilisation de l’eau par les collectivités en réduisant la pollution à la source, notamment via l’obligation de pratiquer l’agriculture biologique dans les zones de captage. Toutes les "externalités positives" de l’agriculture bio - intensité en emplois, protection de l’environnement et de la santé publique - sont cependant peu intégrées dans les calculs des décideurs.

    1. Changer de régime

Reste la question des capacités productives. En bio, les rendements sont, par nature, moindres qu’en agriculture conventionnelle, de l’ordre de 20 % en moyenne mondiale, avec d’énormes disparités selon les cultures et les situations. Dans les pays en développement, ces écarts sont en règle générale faibles, du fait de pratiques culturales peu intensives. Dans les zones où les rendements sont très bas, comme en Afrique sahélienne, il est donc assez facile, sur un plan technique, de les doubler ou de les tripler sur des bases agro-écologiques.

Tout autre est la situation des pays riches, dont les performances agricoles reposent largement sur la chimie. En France, les rendements d’un blé peuvent varier du simple au double selon qu’il est bio ou non. En outre, la cohérence voudrait que l’on renonce à "exporter les externalités". Autrement dit, il faudrait cesser de nourrir les animaux à partir de soja importé dans la mesure où ces importations induisent des atteintes socio-environnementales dans les pays producteurs. De même, il faudrait interdire le "biodiesel" issu de l’importation d’huile de palme gagnée sur la forêt tropicale, alors que décarboner l’économie française va nécessiter d’accroître les usages non alimentaires de l’agriculture, tout en préservant l’espace forestier domestique.

Pour les experts de l’association Solagro, à l’horizon 2050, 45 % de la production agricole française pourrait être bio au sens strict

Compte tenu de ces paramètres, le scénario Afterres 2050, réalisé par les experts de l’association Solagro, juge qu’à l’horizon 2050, 45 % de la production agricole française pourrait être bio au sens strict. Et 45 % provenir de l’agriculture dite "intégrée", qui repose au maximum sur les moyens biologiques, mais n’interdit pas un recours marginal aux produits chimiques. Arriver à ce résultat suppose cependant une baisse conséquente de la place de la viande dans le régime alimentaire des Français, l’élevage étant un grand dévoreur d’espaces agricoles pour nourrir les animaux. "L’assiette Afterres" comprendrait donc plus de céréales, de légumineuses, de fruits et légumes... et pas loin de deux fois moins de viande et de produits laitiers qu’en 2010.

Evolution des surfaces, en hectares

 

 

Bénéfique pour la santé publique, face à la montée de l’obésité et des maladies cardiovasculaires, un tel scénario est aussi favorable pour l’eau, les sols, la biodiversité et donc la sécurité alimentaire à long terme. Comme il le sera également pour le climat avec une division par deux des émissions liées à l’agriculture (qui représentent 19,7 % des émissions du territoire français, l’élevage comptant à lui seul pour 9,4 %). Un tel scénario n’est pas absurde : c’était en gros le régime alimentaire des Français au milieu des années 1950.

  • 1. Celles dont la production brute est supérieure à 25 000 euros. Elles représentent 97 % de la production, 93 % de la surface agricole et 74 % des exploitations.

  • 2. "Rapports présentés par la Commission des comptes de l’agriculture. Session du 13 décembre 2016", Agreste, Les dossiers n° 38, février 2017. Accessible sur bit.ly/2pfmwdA

  • 3. "Note de suivi 2016. Ecophyto. Réduire et améliorer l’utilisation des phytos", janvier 2017. Accessible sur bit.ly/2qWktsc

  • 4. "Concentration en nitrates d’origine agricole dans les cours d’eau et les eaux souterraines", EauFrance, Bulletin n° 5, 2016. Accessible sur bit.ly/2pqd4Q4

  • 5. "Les pollutions par les engrais azotés et les produits phytosanitaires : coûts et solutions", Commissariat général du développement durable, Etudes & documents n° 136, 2015.

Alternatives Economiques n°369 - 06/2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 septembre 2017

En Bretagne, la lente prise de conscience des méfaits des pesticides

Un agriculteur répand des produits phytosanitaires sur une parcelle à proximité du Mont Saint-Michel, le 25 mai 2016-AFP/Archives/DAMIEN MEYER
Un agriculteur répand des produits phytosanitaires sur une parcelle à proximité du Mont Saint-Michel, le 25 mai 2016-AFP/Archives/DAMIEN MEYERIl y a trois ans, si on l’avait mis en garde contre les pesticides, Noël Rozé, éleveur laitier, aurait « rigolé », mais il a pris un virage radical et vient de se convertir au bio: le cancer est passé par là.

« J’étais un adepte des phytosanitaires », reconnaît l’éleveur, installé à Caro, dans l’est du Morbihan. « Mais quand je me suis retrouvé à l’hôpital, je me suis mis à penser à tous les agriculteurs que je connaissais et qui sont morts d’un cancer, à commencer par mon père, mort quand j’avais huit ans. »

Une palette de cancers, des cas de Parkinson ou autres maladies neurodégénératives: agriculteurs, techniciens agricoles ou employés dans les espaces verts, ils sont nombreux à avoir développé ces maladies lourdes, souvent liées aux pesticides qu’ils manipulaient régulièrement dans leur travail.

Les effets sur la santé de l’exposition aux produits phytosanitaires ont déjà été évoqués dans le cas des vignerons qui en sont les principaux utilisateurs en France. Mais en dehors de la vigne, la prise de conscience reste encore très modeste.

Quand le technicien agricole qui assure le suivi des exploitations passe dans une ferme, « en cinq minutes, il réussit à rassurer l’agriculteur sur tous les soupçons qu’il aurait pu avoir », déplore Noël Rozé, grand gaillard à l’apparence indestructible.

« J’ai commencé très tôt à travailler avec ces produits et personne ne parlait de leurs dangers (…) On bouffait les vapeurs sans se rendre compte, on travaillait sans protection », se souvient-il.

Pourtant, le problème est bien présent. Il y a un an, Michel Besnard a fondé avec d’autres un « Collectif de soutien aux victimes des pesticides ». Rapidement, plusieurs dizaines de personnes qui, jusqu’alors, vivaient leur maladie en solitaire, ont pris contact avec le collectif.

« Une majorité de paysans, des salariés agricoles mais aussi des techniciens travaillant dans les espaces verts. Le dernier (malade) rencontré traitait le varron (un parasite) dans les fermes. Il a développé un cancer des voies biliaires. C’est la colère qui nous mène! », assure l’énergique bénévole, à la retraite depuis peu.

- ‘Les gouttes retombaient sur nous’ -

Francis Sourdril a passé toute sa carrière dans les services espaces verts de collectivités territoriales. « J’ai commencé en 1974, à une époque où on ne supportait pas le moindre brin d’herbe qui dépasse », se souvient-il. « J’étais en charge de la roseraie. J’y allais à fond avec les produits, il fallait créer de l’émotion. On pulvérisait même en l’air pour traiter les pergolas et les gouttes retombaient sur nous… »

Ce n’est qu’au milieu des années 90 que les équipements de protection sont apparus, accompagnés d’examens de santé spécifiques chaque année.

« A partir de 2004, j’ai commencé à avoir mal partout, une grosse fatigue, je maigrissais. Les médecins ne trouvaient rien. On me parlait d’arthrose ». Finalement, en 2016, le verdict est tombé: à 62 ans, Parkinson.

« J’ai retrouvé 48 spécialités commerciales que j’utilisais, dont 37 sont aujourd’hui retirées du marché », comptabilise le paysagiste. Avec cette maladie, « on est inscrit dans une déchéance programmée dont on ne connaît pas le calendrier », souligne-t-il, fataliste.

- Administration réticente -

Comme d’autres, Noël Rozé et Francis Sourdril ont entamé les démarches pour que leur état soit reconnu comme maladie professionnelle. Mais tous se plaignent du parcours du combattant imposé par une administration réticente à leur reconnaître ce statut.

L’administration « fait de l’obstruction permanente (…) Tout est fait pour que les gens ne soient pas informés de leurs droits », dénonce Michel Besnard dont le Collectif aide ceux qui le souhaitent à constituer leur dossier. « D’où l’importance de l’action collective: quand on arrive à deux ou trois dans un bureau, la personne est tout de suite mieux prise en compte… »

« Ceux qui soutiennent les pesticides sont des criminels », affirme l’animateur du collectif, soulignant « les vies détruites et les drames créés par ces produits dans les familles ».

« La maladie est partout dans les campagnes, mais, considère-t-il, on n’en parle pas à cause de la pression sociale. »

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12 septembre 2017

Les pesticides présentent des risques avérés pour les riverains

 Entretien avec Jean-François Deleume 

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Mercredi 9 novembre, le ministère de l’Agriculture a dévoilé le nouvel arrêté sur les pesticides, identique à celui de 2006. Il ne suffira pas à protéger l’environnement et les personnes. Pourtant, des études s’accumulent sur les risques sanitaires liés aux produits phytos, explique le docteur Jean-François Deleume.

Après des mois de tractations, l’arrêté ministériel sur les pesticides devrait être notifié dans les prochains jours. Mercredi 9 novembre, une dernière réunion de la Commission des produits phytopharmaceutiques s’est déroulée au ministère de l’Agriculture, pour discuter des derniers détails. Des mois de débat… pour rien, car l’arrêté sera grosso modo le même que celui de 2006.

« C’est scandaleux, on fait comme si rien n’avait changé en dix ans, dit Nadine Lauverjat, de Générations futures. Pourtant, la consommation de pesticides ne cesse d’augmenter en France et les études s’accumulent sur les effets négatifs de ces substances sur l’environnement et la santé. »Avec d’autres représentants d’associations et la Fédération nationale des agriculteurs biologiques (Fnab), elle a claqué la porte de la réunion. « Nous refusons de cautionner un texte qui n’a fait l’objet d’aucun débat démocratique, ajoute-t-elle. C’est une occasion manquée de mieux protéger les citoyens, les agriculteurs et l’environnement. »

Pour mieux comprendre la gravité de ce recul, nous avons interviewé le docteur Jean-François Deleume. Il est médecin des hôpitaux et membre de l’Alerte des médecins sur les pesticides.

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Le docteur Jean-François Deleume.

Reporterre — Quels sont les risques des pesticides pour les riverains ?

Jean-François Deleume — L’expertise de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de 2013 est extrêmement précise sur ce sujet. Il y a vraiment des risques avérés pour les riverains, notamment pour des populations particulières. Les chercheurs ont étudié les effets d’une exposition aux pesticides sur les enfants in utero, pendant la grossesse, et pendant les premières années de la vie. La littérature scientifique identifie plusieurs risques pour ces enfants : leucémies, troubles du développement neurologique et malformations congénitales. Et les bébés nés de grossesses exposées aux pesticides ont plus de tumeurs du système nerveux central, bénignes ou malignes.

Des études réalisées en Californie, où l’on utilise beaucoup de pesticides, montrent que Parkinson n’est pas qu’une maladie des agriculteurs : il y a également un risque identifiable pour les riverains. Globalement, le spectre des risques sanitaires est extrêmement étendu, outre les cancers : problèmes de fertilité, risques de fausses couches, maladies neurodégénératives.
Au-delà des riverains, quels sont les principaux risques pour le reste de la population ?

Il existe très peu d’études sur les risques pour la population générale. Ce que l’on sait sur la toxicité des pesticides, ce sont les plus exposés qui nous l’apprennent : les agriculteurs. Ainsi, en 2015, le lymphome (tumeur du système lymphatique) a été reconnu comme maladie professionnelle pour les agriculteurs utilisant des pesticides. En 2012, c’était le cas de la maladie de Parkinson.

Concernant la population générale en France, on peut citer au moins trois études. La première, menée en Bretagne et publiée en 2011, montre que l’atrazine, un herbicide interdit en France depuis 2003, mais l’un des plus utilisés dans le monde, pourrait avoir des effets néfastes sur le développement neurologique des enfants. Les femmes présentant des traces urinaires de cet herbicide ont en effet un risque accru de mettre au monde un enfant de faible poids ou de faible périmètre crânien, ce qui sous-entend théoriquement des troubles de développement du système nerveux.

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Le chlordécone est un insecticide et un perturbateur endocrinien qui agit comme un œstrogène. Il a été utilisé dans les bananeraies des Antilles françaises jusqu’en 1993.

Un autre cas symptomatique est celui du chlordécone aux Antilles. Cet insecticide utilisé dans les bananeraies a été autorisé jusqu’en 1993. Deux études pointent des risques très importants. La première, qui porte sur des femmes enceintes, montre que les enfants issus de grossesses exposées au chlordécone présentent plus de retards de développement neurologique et des anomalies visuelles. Et en 2010, l’étude Karuprostate a démontré un lien entre chlordécone et risque accru de cancer de la prostate. 22 % des hommes les plus imprégnés en chlordécone ont un risque augmenté de 77 % de survenue de cancer de la prostate par rapport au groupe le moins contaminé. Le chlordécone est un perturbateur endocrinien qui agit comme un œstrogène, l’hormone dominante féminine. Or, chez les hommes, il y a des récepteurs à œstrogènes sur la prostate.
Que sait-on sur le lien entre pesticides et fertilité ?

Il y a un chapitre dans l’expertise collective de l’Inserm sur cette question : il y a de fortes présomptions de liens, mais c’est difficile à prouver. Ce que l’on sait, c’est que la qualité du sperme décline en Europe. En France, la concentration de spermatozoïdes a ainsi diminué de près d’un tiers sur une période de seize ans. De nombreux scientifiques imputent cette baisse de spermatozoïdes à l’exposition diffuse aux pesticides. Aux États-Unis, quand le chlordécone est interdit en 1976, les ouvriers d’une usine de fabrication de ce pesticide n’avaient plus de spermatozoïdes dans leur sperme. Heureusement, le phénomène a été réversible.

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Le déclin du sperme : révélé dès 1989 par Reporterre (sur papier).

Mais aujourd’hui, la plupart des pesticides pointés dans les études sont interdits…

Le problème de ces études, c’est qu’elles sont rares, chères à financer, et surtout longues à réaliser. Il y a souvent 5, 10 voire 15 ans de délai entre le lancement d’une étude et sa publication. Donc les données dont on dispose aujourd’hui portent parfois sur des produits qui ont été depuis interdits. Ce qui prouve bien leur toxicité, mais ne dédouane en rien les nouveaux produits. On ne perd rien pour attendre, car il faut en moyenne une décennie d’utilisation pour voir les effets d’un pesticide.

Sur les néonicotinoïdes par exemple, il existe déjà une étude japonaise qui montre les effets de ces substances tueuses d’abeilles sur les cellules neurologiques des embryons humains. Donc même sur les molécules récentes, il y a des risques.
Quel est le rôle des médecins ?

Ils sont au contact direct des patients, et sont les premiers témoins des effets de ces pesticides, par exemple avec les agriculteurs. Le milieu médical est à mon avis assez informé, mais il n’est pas suffisamment consulté. Cela ne fait qu’un an que nous participons aux autorisations de mise sur le marché (AMM) des pesticides, auprès de l’Agence sanitaire (Anses). Auparavant, c’était le pré carré du monde agricole, les médecins étaient tenus à l’écart… sans doute parce que ça en arrangeait certains. Mais ce temps est révolu, désormais les médecins ont leur mot à dire sur ces AMM et sur le suivi des maladies. C’est vraiment une petite révolution !


LE GOUVERNEMENT RECALE UN PROJET DE RECHERCHE SUR LES PESTICIDES DANS LEVAUCLUSE

Début octobre, une douzaine de médecins et de scientifiques ont adressé un courrier aux ministres de l’Agriculture, de la Santé, du Travail, de la Recherche et de l’Environnement suite au refus du financement de leurs travaux en santé publique sur le thème des pesticides.

Ce projet d’étude concerne les « expositions professionnelles et environnementales aux cancérogènes des patients atteints de cancers hématologiques pris en charge au centre hospitalier d’Avignon ». Il s’agit d’une réponse à l’appel à projets Ecophyto II (le plan d’action gouvernemental pour la réduction des pesticides). À l’origine, des médecins, oncologues et hématologues du centre hospitalier d’Avignon, s’inquiètent de l’augmentation importante des nouveaux cas de cancers hématologiques (lymphomes, myélomes, leucémies) dans leur bassin de population. Ils décident de réaliser un travail pluridisciplinaire pour identifier les expositions à des cancérogènes connus et faciliter l’accès des patients aux droits de la réparation en maladie professionnelle.

Le projet de recherche, d’abord classé prioritaire, a finalement été rejeté sans justification. D’après l’association Générations futures, « pour certains des chercheurs, il pourrait s’agir d’une forme de censure politique de ce projet ».

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07 septembre 2017

Maya et Nicolas, la nouvelle génération de producteurs

  1. Maya et Nicolas, la nouvelle génération de producteurs

    1. Agriculture - Primés au concours des vignerons et terroirs d'avenir

Le jeune couple de vignerons dans les vignes de Trespoux, l'an dernier, à l'occasion de la première vendange. /Photo DDM, Marc Salvet archives.

Maya Sallée et Nicolas Fernandez ont remporté le concours des Vignerons et Terroirs d'avenir co-organisé par Advini, Montpellier SupAgro et SupAgro Fondation. Le jeune couple a repris l'an dernier le domaine de La Calmette à Trespoux sur l'AOC cahors. Après avoir sillonné la planète, ces ingénieurs agronomes et œnologues ont réalisé en 2016, leur première cuvée.

Maya et Nicolas, nous les avions rencontrés en octobre dernier au milieu de leurs vignes à Trespoux. Par une journée baignée de soleil, le couple, aidé par des amis, réalisait sa première vendange en tant que propriétaire d'un domaine sur l'appellation cahors. La cuvée 2016 appelée «Serpent à plumes» un curieux nom comme un rappel des souvenirs d'enfance de Maya au Mexique, est venue consacrer leur installation. La démarche de ces deux ingénieurs agronomes et œnologues a séduit le jury du concours Vignerons et Terroirs d'Avenir coorganisé par Advini, Montpellier SupAgro et SupAgro Fondation qui a décidé de leur décerner le prix. L'an passé, Frédéric Berne, vigneron en Beaujolais, en avait été le lauréat.

Maya Sallée, qui est originaire de la région, aux confins du Périgord et du Lot et Nicolas Fernandez qui a grandi sur la côte Basque et fait ses études à Toulouse, incarnent la nouvelle génération de vignerons qui se lancent sur l'AOC cahors. Après avoir parcouru la planète vin de la Nouvelle Zélande à l'Argentine et à la Californie, le couple a choisi de poser ses valises et de bâtir son vin en privilégiant le cépage Malbec et le vignoble du Cahors : «Cahors a cette chance d'avoir 90 % de ses surfaces en Malbec, ce qui permet à ce cépage de retranscrire dans le vin toutes les variations de la roche-mère, de l'exposition, du terroir».

Ces vignerons d'avenir ont fait, également, le choix de produire un vin le plus naturel possible, en bio et biodynamie. Sur le domaine de La Calmette, les vendanges se font à la main. Une volonté de préserver le fruit et d'épargner la vigne : «Je ne suis pas sûre que la vigne vive longtemps lorsque la machine est passée par là «nous expliquait Maya Sallée tout en soulignant qu'il s'agissait davantage d'une conviction que d'un constat étayé par des études.

L'an dernier , un seul des 7 hectares avait été travaillé. En 2017, la totalité des vignes est utilisée, La Calmette prend sa forme et sa surface définitive.

Maya et Nicolas vont pouvoir savoir ce que le Domaine a dans le ventre et exprimer dans leurs vins les nuances d'arômes de ce terroir si caractéristique. En été, si chaud le jour, si frais la nuit avec un écart de température de 15° parfois.

C'est aussi pour cela que les nouveaux vignerons ont décidé de s'installer à Trespoux avec l'objectif de pratiquer une belle agronomie. : «Faire des vins vivants, nets et expressifs qui parlent du lieu où nous les faisons naître».


 

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03 septembre 2017

Le pouvoir d'acheter

  1. Refusons d’acheter des vins non Bio !



Nous sommes tous des consommateurs avertis, nous avons un pouvoir que nous sous estimons trop.
Acheter un vin non Bio c’est cautionner, soutenir, encourager une viticulture qui tue.
Pensez à vos proches, à votre famille, à vos enfants et demandez vous pour combien de bouteilles de vin vous estimeriez leur perte acceptable ? !

J’en appelle à tous ceux qui se retrouvent dans mes propos, dans ma lutte qui est aussi la leur, faites passer ce message, et tous ensemble faisons en sorte qu’un vin non Bio ne se vende plus.

Et comme disait Coluche «  Quand on pense qu’il suffirait que l’on arrête d’en acheter pour ne plus que ça se vende… »

A méditer…

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30 août 2017

Perturbateurs endocriniens

Perturbateurs endocriniens : même les plus écolos sont contaminés
 
Une enquête menée par l'ONG Générations Futures a montré que les cheveux de sept personnalités écologiques, dont Nicolas Hulot, sont contaminés par des perturbateurs endocriniens.
Perturbateurs endocriniens : ils sont partout et tenaces
Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui perturbent le système hormonal et peuvent provoquer des maladies comme des cancers hormonaux-dépendants (testicule, sein), des troubles de la fertilité, des perturbations du métabolisme (obésité, diabète), des problèmes cardiovasculaires. On les trouve dans de nombreux produits utilisés au quotidien (shampoing, contenants alimentaires, cosmétique, etc...). Certains de ces perturbateurs sont très persistants, et restent dans le corps pendant de nombreuses années, comme les PCB et le DDT, interdits depuis des décennies.

Générations Futures a examiné les chevelures de sept personnalités écologiques : Nicolas Hulot, José Bové, l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho, le candidat EELV désigné par la primaire écologiste Yannick Jadot (qui a depuis rallié Benoît Hamon), la navigatrice Isabelle Autissier, le photographe Yann Arthus-Bertrand et la documentariste Marie-Monique Robin. L'analyse a porté sur quatre familles de perturbateur endocrinien : bisphénols, phtalates, PCB (polychlorobiphényles) et pesticides. Le verdict est sans appel : toutes les chevelures examinées sont contaminées par plusieurs perturbateurs endocriniens. C'est Isabelle Autissier qui arrive en tête, avec pas moins de 68 perturbateurs endocriniens retrouvés dans ses cheveux, contre 36 pour la personnalité la moins exposée, Delphine Batho.
Perturbateurs endocriniens : nous sommes tous exposés
Cette enquête montre que même si nous sommes vigilants concernant nos habitudes alimentaires et les produits que nous consommons, il est impossible de ne pas être exposé aux perturbateurs endocriniens, « il y a une contamination généralisée, quels que soient le degré d'exposition et le nombre de substances », rappelle Delphine Batho.

Alors que la problématique des perturbateurs endocriniens occupe de plus en plus l'attention politique et médiatique, Delphine Batho considère qu'il y a urgence à agir contre ce qui apparaît comme le scandale sanitaire de ce début de siècle, « Il est grand temps d'interdire ces substances et de faire preuve d'un peu de courage. La démocratie doit être plus forte que les lobbies de l'agrochimie » a-t-elle déclaré.

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